lundi 5 mars 2007

5 questions à Jean-Pierre Pinet d’ATD Quart Monde

Cet interview a été réalisé au cours des journées d’Autrans qui ont eu lieu du 10 au 13 janvier 2007. Quels sont les objectifs de votre association ? ATD Quart Monde est une ONG dont l’objectif est de lutter contre l’extrême pauvreté. Je suis responsable du projet « Internet de rue » dont le but est d’aller à la rencontre des plus démunis. Le but est de savoir si l’apport d’une connexion peut leur permettre de recréer un lien social. Comment Internet peut-il aider à recréer un lien social ? Ce n’est pas Internet qui permet de recréer le lien social mais l’image qu’il renvoie à la personne d’elle-même. En général, ces personnes ont une image négative d’eux mêmes du fait de leur quotidien (mendicité, isolement). De retour à la maison, se prendre en photo avec une Webcam peut aider à améliorer son image. Et plus on est fier de soi, plus on aura tendance à s’engager. Ce n’est donc pas Internet qui leur redonne directement confiance, mais tout ce qu’il y a autour. L’ordinateur n’est pas marqué socialement comme le livre qui lui rappelle l’échec à l’école. Enfin par le biais du PC, les personnes ont pu être en contact avec une réalité autre que celle de leur quotidien. Avez-vous eu des ouvertures ? Des personnes ont-elles trouvé un nouveau projet pour la vie ? Nous avons travaillé sur deux ans. Au niveau professionnel on n’a pas eu de grand succès car on ne lève pas certains blocages facilement, administratifs, par exemple, pour les sans-papiers. En revanche, chez certaines personnes de nationalité française, Internet a permis de retrouver un emploi. Les annonces sont en effet instantanées et plus nombreuses qu’à l’ANPE. Par ailleurs, on trouve un logement plus facilement sur le net. A quelle échelle menez-vous votre projet ? Très petite ! En deux ans nous avons été trois personnes à suivre des personnes en difficulté : une sur Paris aux Halles et à Belleville, une sur le Val d’Oise, et enfin moi-même qui faisais le lien entre les deux. Au travers des familles que l’on a rencontrées, on a touché des personnes de tous horizons, de passage sur les campements (Province, Belgique etc..). L’impact a donc été plus large que prévu : il y a eu un effet boule de neige. Notre choix est d’entrer dans une sphère privée afin de comprendre ce qui est intéressant pour la personne, avoir une certaine ergonomie et adapter le besoin logiciel. On s’installe sur la durée pour avoir une ouverture réelle, notre choix en quelque sorte se porte sur le qualitatif ! Enfin qu’attendez-vous de ces rencontres ? Je repense à la conférence d’ouverture et à ces petits canadiens qui ont un accès dès le plus jeune âge et je pense à ceux qui ne l’auront pas. Comment faire pour que ces deux mondes puissent se rejoindre ? On voit de grands élans de générosité mais on n’imagine pas encore que le net peut nous aider à l’être. C’est une force pour les jeunes et une chance pour les pauvres d’avoir des personnes qui viennent à leur rencontre très facilement. C’est un espace de mélanges où le milieu social n’a pas d’influence, où l’on peut se retrouver. Le seul risque c’est qu’aujourd’hui les communautés deviennent des bulles, dans lesquelles qui se ressemble s’assemble. Des communautés d’intérêts pourraient exclure encore plus ceux qui le sont déjà. Ainsi, j’aimerais bien répondre à la question suivante : Internet va-t-il recréer une exclusion virtuelle ? Si des personnes qui ont vécu la misère ont la possibilité de créer du contenu, ça leur permettra un nombre certain de rencontres…ce sont des pistes à suivre. J’aurais aimé les emmener à Autrans pour qu’ils témoignent eux aussi. L’interview de Jean Pierre Pinet, personne ressource action internet ATD-Quart Monde a été réalisé par Kristian Blasse et Jean-Christophe Hernandez.

vendredi 6 octobre 2006

catégorie Vie associative

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